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Entrevue avec Maria Riccardi, art-thérapeute 

13 janvier 2021

Bonjour Maria, peux-tu te présenter?

M.R.: Je m’appelle Maria Riccardi et je suis art-thérapeute, conseillère en orientation et psychothérapeute. Je collabore au développement de programmes communautaires pour les jeunes et les adolescents.es qui sont marginalisés en raison de problèmes de santé mentale et physique, ainsi que pour les personnes vivant avec des difficultés reliées à l’immigration et à la pauvreté. De plus, je suis professeure à temps partiel à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, professeure invitée en art-thérapie à l’Université Concordia, ainsi que membre de la faculté au Winnipeg Holistic Expressive Arts Therapy Institute. Je suis accréditée par The American Art Therapy Association (ATR) et certifiée par The Art Therapy Credential Board (ATR-BC). Finalement, je suis membre et présidente sortante de l’Association des art-thérapeutes du Québec, ainsi que coordonnatrice et superviseure clinique des projets en intervention par les arts du programme de persévérance scolaire « Opération Bonne Mine » de la Société de Saint-Vincent de Paul de Montréal.

Tout a commencé avec une petite aquarelle sur le mur de ma chambre, réalisée à mon intention par mon enseignante de première année. Lorsque je regarde cette œuvre étincelante, je me rappelle les après-midi, assise sur les marches de l'école, avec cette enseignante qui m’aidait à concrétiser mes idées et à écrire mes premiers poèmes pour mettre un baume sur mes inquiétudes. Elle m’écoutait et m’encourageait à développer un processus d’idées créatives et à persévérer. Elle m’a transmis une passion pour les mots et le dessin, me permettant d’exprimer mes pensées et, par-dessus tout, elle a instillé en moi un désir de cultiver la volonté d’apprendre, de sorte que je pourrais ensuite partager mes connaissances par le biais de mon art. D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai été fascinée par l’influence de l’imagerie.
La profession d'art-thérapeute prend racine dans les besoins de chaque personne, puis s'alimente dans les œuvres d'art réalisées qui sont au cœur de l'histoire humaine. Je veux voir les étincelles de ma petite étoile dans les yeux de chaque jeune avec qui je travaille et pour y parvenir, je me dois de partager mes connaissances en art-thérapie.

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Quels sont, selon toi, les bénéfices principaux de l’art-thérapie auprès des jeunes, notamment des enfants et adolescents issus de milieux défavorisés?

M.R.: Les bénéfices de l’art-thérapie auprès des jeunes se vivent au sein de la communauté, des établissements scolaires et en famille. Au cours de la pandémie, les ateliers en arts, vécus en présentiel ou par vidéoconférence, ont amené les jeunes issus d’horizons divers à favoriser la persévérance scolaire et à briser l’isolement.

L'expression créative est une expérience essentielle pour nos jeunes, car ils peuvent développer leurs talents multiples par des projets concrets. Cette façon de se percevoir en interaction sociale au cœur d’expériences expressives les encourage à comprendre les processus holistiques incluant le fonctionnement du corps, de la pensée et de l'esprit. Les images créées lors des ateliers leur permettent de développer des images intérieures qui, en plus de leur effet thérapeutique, ont une valeur communautaire significative. Les œuvres d'art réalisées d'après leurs expériences sont pour les preuves d’une réussite perdurable.

La plus-value du programme Opération Bonne Mine est l’étroite collaboration avec des organismes de la communauté, afin de venir en aide aux enfants et aux adolescents.es marginalisés en raison de problèmes de santé mentale et physique, ainsi qu’avec des problématiques reliées à l’immigration, à la francisation, aux difficultés d’apprentissage et à la pauvreté. Les ateliers en art-thérapie se sont poursuivis lors de la fermeture et de la réouverture des écoles, afin de contrer l’isolement et le manque de motivation causé par le confinement. De plus, nos programmes ont soutenu les enseignants.es à lier les arts à la persévérance.

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Explique-nous plus en détail en quoi consiste l’art thérapie? Comment est-il intégré dans le programme Opération Bonne Mine?

M.R.: La production d’images est à l’essence des rencontres en art-thérapie, car celles-ci servent d’outil de communication entre les jeunes et l’art-thérapeute. De par leurs formations, les thérapeutes par les arts sont en mesure de procéder à l’évaluation du fonctionnement socioculturel des jeunes et de proposer des interventions art-thérapeutiques adaptées aux problématiques vécues.

Afin d’accompagner les jeunes dans leur développement personnel et de les outiller à persévérer, Opération Bonne Mine met en place des projets artistiques construits par des professionnelles en thérapie par les arts, selon les besoins des groupes. L’art-thérapie est l’une des méthodes utilisées parmi la danse-thérapie et la dramathérapie.

Au cours des ateliers, les jeunes sont amenés à s’exprimer à travers des réflexions entourant leur vécu, afin de travailler sur des notions telles que la cohésion, la confiance en soi, la communication, le sentiment d’appartenance. Ce mode d’expression par les médias visuels offre une voie de guérison accessible à tous et à toutes.  Nous utilisons des approches innovatrices, l’élaboration d’outils pédagogiques différenciés, l’évaluation continue, ainsi que le suivi en collaboration avec des institutions communautaires.

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Parle-nous de l'une de tes plus belles expériences dans le cadre d'un projet OBM. De quoi les jeunes ont-ils besoin aujourd’hui, considérant le contexte actuel de la pandémie?

M.R.: Depuis la crise sanitaire, Opération Bonne Mine s’est adapté pour permettre aux jeunes de persévérer malgré les changements vécus au sein du système scolaire québécois. Nos jeunes ont besoin d’un contexte sécuritaire où ils peuvent exprimer le stress vécu lié aux deux vagues de confinement. Conséquemment, les ateliers en art-thérapie permettent de mieux gérer le stress, développer ses ressources internes, exprimer les émotions et entrevoir sa propre route de l’apprentissage.

Une des expériences vécues avec les projets OBM est le travail collaboratif mis en œuvre avec notre art-thérapeute, Martine Ashby. Notre projet destiné préalablement à réaliser un jardin communautaire avec une école secondaire au sein du réseau des Ruches d’art ne pouvait prendre racine; nous étions tous et toutes confinés.es sans avoir la possibilité de germer! C’est alors que la plateforme virtuelle a permis non seulement à nos jeunes, mais aussi à leur enseignante de transformer la passivité liée au confinement en un atelier dynamique où les jeunes sont devenus.es les végétaux de leur propre persévérance scolaire. Les thématiques explorées ont incité les élèves à aller à l’extérieur de leur maison pour prendre des photos d’inspiration ; la communauté est devenue leur jardin!

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